Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

L'Anarque

L'Anarque

Blog de lectures


Janvier 2016.-La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert.-Joël Dicker-.

Publié par François ROUX

Janvier 2016.-La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert.-Joël Dicker-.

Ce livre a eu tellement de succès, les critiques qu’il a suscité m’ont paru si élogieuses que je me suis senti obligé de le lire. Il s’agit de ce que l’on appelle un bestseller sans que ce qualificatif ne réponde d’ailleurs à une définition précise ni ne revête dans mon esprit un caractère nécessairement dévalorisant. Je lis tout, d’abord par curiosité car la lecture constitue pour moi un moyen de connaître le monde mais aussi par plaisir. La question de savoir ce qu’est la vraie littérature fait appel à des considérations souvent subjectives même si pour certaines oeuvres, la question ne se pose pas.

L’histoire est simple. Une femme est assassinée dans sa maison en bordure d’une forêt du New Hampshire après qu’elle ait signalé à la police avoir vu de sa fenêtre une jeune fille poursuivie par un homme. Nola Kellergan, quatorze ans disparaît le même jour. Le meurtre et la disparition ne sont pas élucidés par la police qui ne parvient pas à identifier le ou les coupables. Trente ans après le corps de la jeune Nola est découvert dans le jardin de la maison de l’écrivain Harry Quebert dans la ville d’Aurora dans le New Hampshire. Le dossier est réouvert et c’est là que tout commence.

Il faut reconnaître que le produit est de grande qualité. Le tempo du récit est réglé comme une symphonie, les rebondissements se succèdent et la vérité n’est dévoilée que petit à petit, a doses homéopathiques pour apparaître finalement dans les dernières pages. L’auteur joue avec la chronologie en faisant des allers et retours entre 1975 et 2009 et cela accroît l’intérêt du lecteur qui a très envie de savoir ce qui s’est passé avant ou après une fois qu’il a lu ce qui est arrivé après ou avant. Cette technique est aujourd’hui (de plus en plus souvent) utilisées dans les romans. Le livre et son succès est le fruit du travail d’un remarquable professionnel de la littérature qui comme un cuisinier sait ajouter les condiments, les épices qu’il faut pour séduire le goût de ses clients ou pour revenir à l’écrivain, pour accrocher son lecteur. Techniques, méthodes, séduction du client lecteur, est ce bien là de littérature que l’on parle et non de cuisine ou de vente de voiture ? Mais soyons juste, il y a quand même dans La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert des situations, des atmosphères qui vont un peu au-delà du simple récit bien ficelé.

Il y a d’abord les personnages. Le narrateur Marcus Goldman est le « formidable »aux yeux de ceux qui le connaissent mais n’est au fond qu’un tricheur qui joue un personnage, des rôles, pour arriver à ses fins c’est à dire devenir un grand écrivain. Harry Quebert aussi a triché, mais on ne le découvrira qu’à la fin du roman. Fausses apparences, voilà un peu le thème (ou l’un des thèmes) du roman. D’une certaine manière, est ainsi également fausse, l’apparence que donne la jeune Nola que l’on croit une jeune fille romantique et qui s’avérera être un peu nymphomane et d’une certaine manière harcèlera ce pauvre Harry son aîné de plus de vingt ans qui essaiera pourtant de la quitter mais qu’elle arrivera à retenir. Fausse apparence enfin celle que donnera de lui même Luther Caleb autre personnage remarquablement mis en scène par Dicker. Au premier abord il est repoussant, rustre, violent avec les femmes, mais il se révèlera un artiste plein de délicatesse, un espèce de Quasimodo amoureux de son Esmeralda/Nola.

Il y a aussi les moments que Marcus Goldman passe avec Harry dans cette maison d’Aurora que l’on aimerait tant habiter, quand ils alternent les séances de travail, les discussions et les entraînements de boxe. Les dialogues, les réflexions sont simples. Il y aurait certainement eu la place pour des échanges plus profonds sur des sujets plus complexes (les conseils donnés par Harry à Marcus n’ont rien de transcendants) mais l’auteur ne voulait probablement pas ennuyer ses lecteurs et surtout prendre le risque de ralentir le rythme soutenu du récit en incitant ses lecteurs à trop penser. La passion dont font preuve les deux hommes pour la littérature et l’atmosphère qu’ils créent autour de leur enthousiasme, les relations qu’ils instaurent entre eux, tout cela est assez bien vu et très bien retranscrit. Et on y revient toujours, ils sont tous deux des tricheurs. Ce paradoxe rend probablement le roman encore plus savoureux. Ne jamais se fier aux apparences ! Mais cela on le savait bien.

Dicker connaît très bien le monde de l’édition aux Etats Unis ou alors il s’est documenté. Le personnage de Barnaski,même s’il est probablement un peu caricatural doit exister dans la vraie vie. Son cynisme arrive à faire rire. Le travail de la Police et de la justice sonnent vrais et l’auteur là encore, connaît bien son sujet. Il y a à cet égard un peu de John Grisham dans ce roman. Il faut le lire d’une traite, comme un film pour être pris dans l’action. Y revenir après l’avoir lu est une autre question. C’est à chacun de voir ce qu’il peut en tirer.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents