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« Le peuple du désastre » est le premier livre de l’œuvre d’Henri Amouroux :  « La grande histoire des Français sous l’occupation » parue en dix tomes en 1961. Les quelques pages qui relatent l’exode des populations en mai 1940 sont terribles et décrivent des évènements qui ne sont pas si éloignés que cela, puisqu’ils se déroulent il y a moins d’un siècle (81 ans pour être précis) Beaucoup d’entre nous ont entendu le récit de témoins directs de ces moments terribles. Mon père qui les a vécus me les a racontés. Et pourtant, tout cela paraît aujourd’hui oublié !

L’étendue de ce désastre dont la France ne s’est peut-être jamais vraiment remise permet de relativiser nos maux actuels et notamment la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui.

Amouroux tente d’expliquer l’exode, la fuite de ces milliers de Belges et de Français qui veulent échapper à cet ennemi arrivé si vite alors que le pays se croyait protégé par une armée indestructible. L’adversaire auquel ils font face ce sont d’abord les avions, un ennemi qui vient à vous. Ces stukas qui mitraillent les colonnes de réfugiés composées notamment de femmes et d’enfants, qui fuient la peur au ventre. L’avion est devenu une arme psychologique.

Quelques lignes éloquentes de ce livre :

Désormais, c’est la peur qui conseille.

Comment ne pas partir lorsque, le 14 mai, à Tergnier, la gare est écrasée et que les morts, soldats, civils, doivent comme mourir une seconde fois dans le hangar où on les a entassés et qu’une bombe incendiaire transforme en brasier ?

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Comment ne pas partir de Lille, d’Amiens, d’Arras, de Beauvais ?

Partout des cadavres. Des centaines et des centaines. Hommes, femmes, enfants, vieillards. Contre un mur, une femme est mortellement blessée, tenant dans ses bras son bébé de deux ans environ, le crâne complètement ouvert.

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Alors les petites filles feront comme toutes les petites filles de l’exode. Elles se blottiront sous leur mère qui les couvre de son mieux, leur parle, leur fait réciter leur acte de contrition. Lorsqu’elles se relèvent, lorsque cesse le vacarme des explosions, elles découvrent un monde étranger, insoupçonnable : une gare qui flambe, des rails tordus, des wagons à travers lesquels on voit le jour, et partout des morts, des morceaux d’hommes, de femmes, d’enfants, poupées grotesques, dans leur dernière pose, celle qu’a donnée au corps indécent et désarticulé l’explosion, les éclats ou le feu.

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Qui dira l’effroyable spectacle des bêtes abandonnées dans des villes abandonnées ?

Chats et chiens errants, affamés, s’attachant aux soldats qui passent, dès l’instant qu’ils leur donnent un croûton ou bien fuyant toute présence humaine, hurlant, miaulant, ombres troublant la paix des ruines. Grands chevaux noirs, courant dans les rues vides, s’arrêtant, reprenant leur galop jusqu’aux jardins de banlieue dont ils fracassent les haies. Et, dans les campagnes, ces vaches que plus personne ne vient traire et qui meuglent de douleur.

C’est bien écrit ! Et la tragédie ne fait que commencer…

Les familles sont souvent séparées et Amouroux transcrit quelques notes des administrations, prises au hasard, qui s’efforcent de recoller des familles dispersées :

MEUNIER Marie Augustine, née le 14 janvier 1938, demeurant à Ocquerre, disparue depuis le 14 juin au cours du bombardement de la sucrerie de Montereau. Son père fut tué à droite de la route, la mère très grièvement blessée à ses côtés. La petite Marie-Augustine dormait sur une voiture fourragère à côté de sa sœur Marie-Pierre, 3 ans et demi. On a retrouvé la voiture renversée sur la gauche de la route ; les deux fillettes durent être projetées sur la route, l’aînée fut blessée et transportée à l’hôpital par un militaire et la fillette put dire « qu’un militaire a pris la petite sœur ». Marie-Augustine sachant peu parler s’appelait elle-même « Altin ». Recherches infructueuses en zone occupée par la tante de la fillette : Mlle…..

Et pour ceux qui allaient survivre commençaient quatre années terribles pendant lesquelles il fallait choisir son camp. Un mauvais choix au mauvais moment pouvait avoir des conséquences irréversibles.

C’est tout cela que raconte Amouroux dans un style littéraire remarquable qui traduit bien le tragique de cette époque.

 

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