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Ce ne sont pas seulement les Stukas Allemands qui tuent civils et militaires qui errent sur les routes en juin 1940. Henri Amouroux relate également un horrible fait divers que je ne connaissais pas et qui fait preuve certes de la terreur collective qui s’empare des Français à ce moment-là face à l’avancée imprévue de l’envahisseur mais aussi et cela est encore pire, de la faiblesse du pays qui n’était pas que militaire mais aussi morale. Voici les faits.

Juin 1940, sept infirmières de l’hôpital d’Orsay près de Paris sont débordées, car elles soignent les quatre-vingts malades et vieillards qui s’y trouvent en soin, mais également les civils et militaires blessés que la guerre a, on l’a vu plus haut, jetés sur les routes. De même que pendant la période de pandémie que nous vivons aujourd’hui, ces soignantes n’ont pas le temps de manger, de dormir et sont épuisées. La hiérarchie est inexistante, les médecins sont partis. Les nouvelles sont désastreuses et inquiétantes.

Et Amouroux raconte, ces lignes sont terribles : 

« Dans la nuit du 13 au 14 juin, Yvonne T…interroge l’un de ces nombreux médecins majors qui passent et repartent…

-Si nous évacuons l’hôpital, que ferons-nous des intransportables ?

-Il sont nombreux ?

-Sept.

-Eh bien ! faites sédol et morphine à haute dose…

Lorsque Madame Paulette B… (la directrice de l’hôpital), le 13 juin, voudra timidement interdire tout départ, elle se fera rabrouer à l’aide d’un argument péremptoire :

-Si ça vous plaît de rester pour servir et soigner les Boches, c’est votre affaire…

A l’aube, lorsque Yvonne T …découvre que les signes d’évacuation se multiplient (les militaires réquisitionnent des taxis pour y entasser leurs blessés), elle répète sa question :

-Pour les incurables ?

-Je vous l’ai déjà dit, répond le major agacé, sédol, morphine ou strychnine…dix, vingt, trente centimètres cubes, jusqu’à ce que vous obteniez la dose toxique.

Yvonne, qui possède la clef de l’armoire aux toxiques, sort alors une boîte de morphine et donne l’ordre aux infirmières de « piquer » Limacher, un grand cardiaque de 54 ans, Joséphine Derouk, qui a 94 ans, Léontine Hugnin, Marie Labrousse, 93 ans, Augustine Boutier, Georgette Aubin. Une infirmière, Lucienne Pidansat, refuse d’obéir à Yvonne T…, mais Madeleine A…tue Léontine Hugnin d’une piqûre de strychnine, cependant que la vieille Joséphine Derouk résiste à une, puis à deux piqûres et que l’infirmière qui la « traite » appelle ses camarades :

-Venez voir, il faut en finir.

Joséphine aura donc droit à une troisième piqûre.

Lorsqu’on aura terminé avec elle, on s’occupe des autres avant de prendre la route d’Orléans et de se mêler au flot des troupes et des Parisiens qui fuient les horreurs de la guerre, la honte, les misères et les terreurs de l’occupation.

Sans remords ? Mais si, avec des remords qui saisissent, par exemple, Viviane B…, alors qu’elle n’a pas encore quitté l’hôpital. Rencontrant Lucie Renard, elle se jette à son cou et s’écrie :

-Une croyante comme moi, j’ai tué un humain.

Remords moins forts cependant que la peur…

Nous avons toutes les raisons de croire le récit d’Henri Amouroux. Il faut se replonger dans ce livre pour ne pas oublier ce qui s’est passé en France en 1940. Evènements qui furent plus qu’un drame puisqu’ils remodelèrent le pays que nous connaissons aujourd’hui et expliquent probablement encore nos faiblesses. Ce récit a peut-être aussi l‘avantage de relativiser nos maux d’aujourd’hui ?

 

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