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De temps à autre, je lis un polar. C’est une bonne manière de se distraire pendant une nuit d’insomnie quand l’atmosphère est propice aux émotions, aux frayeurs et à l’angoisse. Mais les effets recherchés dans cette littérature ne sont pas automatiques. Tout dépend de la qualité du récit, du style, de l’atmosphère qui ne sont pas toujours à la hauteur.

Je suis tombé par hasard sur le roman d’un jeune auteur australien, Gabriel Bergmoser « La Chasse ». Le récit est imprégné d’une violence inouïe du début à la fin, mise en mots avec un réalisme surprenant, par un jeune auteur qui a une tête de jeune homme sage (vérifiez sur internet !).

Franck quinquagénaire tient une station-service « …au bord d’un long tronçon de nationale, les pompes à une centaine de mètres du bitume. Les villes les plus proches étaient à plusieurs heures de route … » La maison dans laquelle il vit seul est à un kilomètre de la station, plantée dans le bush. Entre la maison et la station « … un kilomètre d’herbe sèche et de terre dure qui montait et descendait en monticules irréguliers et en creux surprises. » Voilà pour le décor. Il faut un certain caractère pour vivre là seul. Mais du caractère, Franck en a, car il a un passé. C’est d’ailleurs grâce à ce passé qu’il résistera aux agressions multiples qu’il subira après qu’ait débarqué dans sa station une jeune femme blessée, recherchée par une horde de chasseurs sanguinaires. Cela tombe très mal car il a en pension sa petite fille Allie, jeune adolescente difficile que ses parents en plein divorce lui ont confiée. Frank se révèlera finalement un excellent grand-père. Une relation inexistante au début de cet histoire, se nouera entre lui et sa petite fille. Cela donnera lieu à quelques moments forts, voir attendrissants qui tempèreront l’atmosphère angoissante des situations et les horreurs qui ponctuent l’histoire racontée dans La Chasse

Le roman rappelle le film Délivrance[i] qui fut l’un de ceux qui marquèrent le cinéma des années soixante dix et que ceux qui l’aiment ne peuvent oublier. Comme dans Délivrance, le récit traite notamment du gouffre voir de l’antagonisme qui règne entre ceux qui vivent dans le monde rural et ceux qui habitent les grandes villes. Comme dans Délivrance l’affrontement entre les citadins et les ruraux tourne au détriment des premiers lorsqu’ils sont lâchés dans la nature et ici dans le bush. Ce bush Australien, monde en lui-même, où l’auteur arrive à nous faire pénétrer grâce à la magie des mots. A chaque page on a l’impression de sentir les odeurs, d’être ébloui par les lumières, les couleurs, et l’on est effrayé par la sauvagerie de cet environnement si particulier. Cet antagonisme entre ruraux et citadins existe bien aussi encore aujourd’hui chez nous, même sous une forme moins extrême. La littérature traite encore parfois de ce sujet[ii]. La nature n’est pas tendre et engendre ou abrite parfois des créatures sanguinaires à l’image des animaux sauvages qui la peuplent, prédateurs sans sentiments, mus par la seule force de leur instinct de chasseur grâce auquel ils survivent. La campagne vue par les citadins n’est pas toujours ce jardin d’Eden auquel rêvent les poètes des villes ou des écologistes imbus de leurs fantasmes. Mais est-ce vraiment un mal ?

J’ai lu que La Chasse sera portée au cinéma. La force du roman est susceptible d’engendrer un scénario, des images et des atmosphères qui pourront faire un beau film. Mais je ne sais pas s’il pourra reproduire ce que l’on trouve dans ce livre qui va au-delà des images d’action que saura fabriquer le cinéma, surtout celui d’aujourd’hui[iii]. Je ne suis pas persuadé que tous les thèmes, les questions existentielles, les sentiments qui tournent autour des mots de ce récit se reflèteront dans un film. A voir…..

        

 

 

[i] Film réalisé par John Boorman en 1972 avec notamment Burt Reynolds et John Voight.

[ii] Voir notamment les romans récents de Serge Joncour « Chien-Loup » et « Nature Humaine » dans lesquels cet auteur fait ressortir la différence entre ces deux mondes antinomiques

[iii] Le scénario du film Délivrance était tiré d’un excellent roman de James Dickey, reconnu comme tel, publié en 1970 et qui avait obtenu des prix littéraires prestigieux.

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