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Le livre a fait l'objet d'une importante publicité et d'une critique souvent élogieuse. L'auteur, Philippe Lançon journaliste à Charlie Hebdo était présent lors de l'attaque par les frères Kouachi de la conférence de rédaction du journal le 7 janvier 2015. Il échappe par miracle à la mort. Il est toutefois gravement blessé au visage. Sur 1732 pages il raconte le calvaire qu'il endure pendant les longs mois d'hospitalisation au cours desquels il va subir plusieurs opérations destinées à réparer ses blessures et lui reconstituer un visage, une bouche, des lèvres qui lui permettront de manger et boire normalement mais aussi de ne pas apparaître un monstre aux yeux de ceux qu'il croise. L'opération principale extrêmement délicate, consiste en la greffe d'un morceau de péroné sous la bouche du blessé d'où le titre de l'ouvrage "Le Lambeau".

Mais le sujet du livre n'est pas que la description du monde hospitalier vu par le malade. Le sujet principal, c'est sa faiblesse, est l'auteur lui même. Et je dois dire que cela rend le roman profondément ennuyeux. A cause de l'immense respect que je ressens pour les écrivains, j'ai tenu jusqu'au bout des 1700 pages de l'ouvrage mais j'ai lutté en permanence contre l'ennui et le sommeil. Lançon est un être cultivé, très cultivé même, c'est son métier. Il lit et cite notamment Kafka, Mann, Jünger et surtout Proust, maître incontesté de l'introspection, discipline qu'il pratique tout au long de l'ouvrage. Mais voilà, n'est pas Proust qui veut! Il ne suffit pas de parler de ses bobos, de ses névroses, de ses souvenirs et autres nostalgies pour pondre La Recherche. En voulant se glisser dans les chaussons du petit Marcel, Lançon a enfanté un livre ennuyeux, impudique et terne. C'est dommage. Car il y avait beaucoup de choses à dire sur l'attentat du 7 janvier 2015 et ce qui en a résulté pour celui qui a eu la chance d'en réchapper. Il a préféré se concentrer sur lui et uniquement sur lui même: "Ecrire sur mon propre cas était la meilleure façon de le comprendre, de l'assimiler, mais aussi de penser à autre chose.." Cela a le mérite d'être clair.

Au delà du récit de l'attentat même qui aurait peut être mérité quelques pages de plus, on aurait en effet pu s'attendre à une analyse plus développée de ce que l'auteur pensait de la tragédie. De ce qui l'avait rendu possible. Des sentiments qu'elle pouvait provoquer chez lui vis à vis de l'Islam, des musulmans, du terrorisme et des terroristes personnes physiques. Là aussi déception: "A vrai dire, je me foutais des frères Kouachi, comme je me foutais des discours qui les condamnaient ou qui, sous prétexte de sociologie ou de pensée, cherchaient déjà à les comprendre."

L'aspect "médical" du livre est important. L'auteur n'omet aucun détail sur les opérations, s'attardant même sur leur aspect technique. Mais ce qui est peut être plus intéressant est la description des relations entre les médecins avec ceux qu'ils soignent. Lançon noue des liens complices voir d'amitié avec Chloé brillante jeune chirurgienne dont la tâche est de lui refaire un visage. Ces relations sont complexes professionnelles et humaines à la fois car touchant l'intimité du patient. C'est aussi l'occasion de nous faire rentrer dans l'univers de l'hôpital, des malades et de la maladie que les biens portant dont je fais partie ne connaissent pas ou pas encore. L'on découvre un monde faits de femmes et d'hommes dont le dévouement et la passion de ce qu'ils font est sans limite, mais cela on le savait. Cette environnement hospitalier dans le quel Lançon nous fait pénétrer est authentique .

Il n'y a pas grand chose de plus à dire sur le livre dont l'aspect documentaire sur la médecine, la chirurgie et les hôpitaux a été pour moi la seule source d'intérêt. La photo est d'ailleurs peut être un peu truquée car le patient n'est pas n'importe qui et les évènements qui ont provoqué ses blessures vont au delà d'un simple accident. Ils portent une charge symbolique qui font de ces blessures les stigmates d'un dérèglement du monde. Les relations du blessé avec ceux qui le soignent ou même qui l'approchent en sont incontestablement affectées et faussées. Qu'il le veuille ou non et peut être contre son gré, Monsieur Lançon n'est pas un patient comme les autres.

 

 

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