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L'Anarque

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Blog de lectures


Octobre 2016-La civilisation romaine. Pierre Grimal.

Publié par François ROUX sur 6 Novembre 2016, 22:12pm

Pierre Grimal est un spécialiste incontesté de l’histoire de Rome. Il décrit et analyse dans ce livre avec une incroyable érudition ce qu’est pour lui la civilisation romaine. Il passe ainsi en revue tous les aspects de l’organisation et de la culture dans l’empire: la littérature, l’art, la vie quotidienne dans les cités, les loisirs, l’armée, et démontre ainsi que  sont nés dans l’ Italie de l’antiquité une civilisation, un modèle qui ont profondément marqué le monde occidental et peut être même le monde entier.

Le ton de l’ouvrage va à l’encontre des idées reçues et c’est peut être là son intérêt principal au-delà des descriptions érudites et détaillées de ce en quoi consistait la vie dans l’empire. En effet, contrairement à ce qui peut transparaître d’une vision vulgarisée et sommaire de l’empire romain (des  ridicules péplums hollywoodiens aux albums d’Astérix le gaulois) il régnait au sein de celui-ci une vision profondément humaniste et universelle du monde. Pour un romain, tous les aspects de la vie sont dominés par le respect de ces principes que sont: « virtus, pietas, fides », discipline, respect, fidélité aux engagements, morale qui implique le respect de la vie humaine comme valeur essentielle, même vis à vis de l’ennemi ou de l’étranger qui seront finalement intégrés à un ensemble fait d’un système de droits et de devoirs. Cette morale est imprégnée de philosophie stoïcienne qui correspondait à la vison romaine de l’humanité. Pour l’élite de l’humanisme romain « ..la fin essentielle de l’homme était la sagesse, le perfectionnement intérieur qui aboutissait à la pratique des grandes vertus de justice, d’énergie, de courage devant la mort. » 

Le culte officiel des divinités du panthéon romain appartient à l’ordre de la cité et a pour objet de maintenir la cohésion sociale. Pour le reste, ce qui correspond à notre concept de la religion, la transcendance, l’au delà, le dogme quelqu’il soit, chacun fait ce qu’il veut. La tolérance romaine en matière de religion n’ a pour limite que l’ordre public, la stabilité politique et sociale, le respect des serments et des lois. Une conception de la laïcité dans la quelle la nôtre a peut être pris racine.

L’humanisme romain se traduit aussi par le goût du beau dans l’architecture, la littérature et la poésie, la décoration des demeures, les spectacles, toutes ces disciplines que Grimal analyse et décrit faisant preuve d’un savoir immense et qui ont pour objet de faire que les choses soient autres que ce qu’elles sont, embellissent le réel, entourent la vie quotidienne de merveilleux et de rêve. L’auteur est amoureux du monde romain et est prêt à accepter ses dérives comme les combats de gladiateurs dont il rappelle l’origine étrangère et qui ont le plus de succès lorsque la plèbe spectatrice cesse d’être proprement romaine. Les villes d’orient n’ont à cet égard selon lui rien à envier à Rome ni pour le nombre ni pour la cruauté des spectacles. Enfin l’arène est tellement grande que les combattants n’apparaissent des gradins que comme des silhouettes diminuées par la distance. La démonstration n’est pas vraiment convaincante et n’atténue pas la cruauté de ces spectacles qui heurtent notre sensibilité d’hommes post-modernes. 

La « pax romana" que Rome sait imposer à l’aide d’une armée astucieusement organisée et remarquablement efficace (là encore les explications de Grimal sont passionnantes), est le résultat d’une préoccupation des romains pour l’ordre du monde qui les hante, un ordre harmonieux où les hommes peuvent s’épanouir.

Ce que l’on appelle l’Empire et qui n’était juridiquement qu’une fédération de cités n’a rien à voir avec ce que l’on décrit trop souvent comme une occupation de type colonial, oppressante pour les colonisés qui auraient supporté le bon vouloir de Rome. Après la conquête d’une cité, tout se réglait par un traité qui mettait fin aux hostilité. Rome garantissait la survie de la cité conquise qui continuait à jouir d’une grande autonomie. Rome n’exerçait qu’une sorte de tutelle et n’intervenait que lorsque des mesures d’intérêt fédéral devait être prise comme des réquisitions de matière première pour l’armée ou pour interdire des pratiques religieuses jugées contraire à l’ordre public comme les sacrifices humains en Gaule et en Afrique. L’armée intervenait peu et n’était parfois même pas présente dans les provinces. Sous l’Empire, seules les provinces impériales étaient dotées d’une garnison. Ailleurs la « pax romana » régnait et les gouverneurs surveillaient avec comme seul soutien le prestige de Rome. L’empire romain n’a pas connu de problème colonial. Son histoire compte très peu de révoltes nationales. Grimal montre comment en occident les villes se remanient petit à petit et adoptent le modèle romain. Lugdunum (notre Lyon) dont le site avait été repéré par César lors de la conquête de la Gaule est ainsi fondé par son Lieutenant Mutanius Plancus, à partir de rien avec et par des romains et à laquelle des gaulois viennent s’agréger pour vivre dans une cité organisée selon le modèle romain et participer à la vie publique. En Gaule, les capitales des « nations » gauloises sont pour la plupart d’entre elles refaites pour s’intégrer sans heurt dans le monde romain. Ce n’est pas par la contrainte que les nations soumises adoptent la civilisation conquérante. Les aristocraties locales et les conquérants barbares ont tous voulu devenir romains. Lorsque le monde médiéval succèdera au monde romain les villes se retrancheront derrière leurs murailles étroites. Les places publiques seront occupées par des habitations, les rues se feront tortueuses et étroites. La vieille « civitas » disparaitra en même temps que la liberté et la paix qu’assurait Rome.

Rome représente un système unique d’organisation et de vision du monde. Nous en sommes les héritiers et l’Europe où est né l’Empire a tout au long de son histoire depuis sa chute cherché un modèle qu’elle n’est jamais arrivé à trouver comme si elle se sent éternellement orpheline du monde romain disparu et sur lequel se sont bâtis des nations qui en sont toutes héritières. Rome n’avait elle pas également harmonieusement résolu des questions si actuelles, relevant de l’assimilation, de la laïcité, du mélange des cultures ? Grimal est probablement trop fasciné par le monde romain et il en oublie les aspects négatifs. Il devait bien y en avoir car l’Empire a finalement décadé puis chuté pour des raisons qu’un nombre infini d’historiens ont tenté d’identifier. Le modèle n’était donc pas parfait. 

Renvoi: Histoire de la Rome antique (par Lucien Jerphagnon-Tallandier éditions, 2002.)

 

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