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L'Anarque

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Blog de lectures


Octobre 2015. The Son-Philipp Meyer.

Publié par François ROUX

Octobre 2015. The Son-Philipp Meyer.

On aurait pu penser que le genre grande saga familiale à l’américaine qui par surcroît se déroule au Texas a été écrite ou filmée tant de fois qu’il n’y a plus grand chose de nouveau à montrer ou à écrire dans ce style. Les amateurs de ce type de récits qui ont lu par exempleTexas de James A Michener (un très bon livre,mais il a déjà été écrit !) ou regardé les séries maintenant un peu démodées Dallas ou Dynastie n’attendent rien d’autre que ce qu’ils aiment et connaissent en tournant les premières pages de cet épais roman qui en contient près de 600. Mais ils auraient tort. Dans son récit de l’histoire de la famille Mc Cullough établie au Texas du début du XIX° siècle, Meyer a certes apporté sa pierre aux grandes chansons de geste de l’ouest américain mais il le fait d’une manière assez unique plus proche de la littérature américaine moderne dans un style qui rappelle celui de Cormac Mc Carthy par sa sobriété et son réalisme. Il dépeint une Amérique rude et sauvage où la violence est à la fois terrible et banale, une très jeune nation qui laisse massacrer ou mourrir les communautés qui ne se soumettent pas tels les indiens ou les mexicains et où il n’y a pas de place pour les faibles ou pour les romantiques qui ne survivent pas dans ce monde naissant.

Le récit se construit autour de trois personnages centraux de la famille McCullough. Le principal est Eli Mc Cullough enfant enlevé avec son jeune frère par les commanches après que sa mère et sa soeur soient massacrées sous ses yeux. Son frère ne survivra pas mais lui, sera finalement accepté comme membre de la tribut qui l’a arraché à sa famille, tant et si bien qu’il deviendra le fils adoptif du chef Toshaway. Au bout d’une dizaine d’année chez les indiens il reviendra parmi les blancs. Il sera successivement Texas Ranger puis officier dans l’armée confédérée où il obtiendra, plus ou moins règlementairement, le grade de Colonel. C’est d’ailleurs ainsi qu’il sera surnommé: le Colonel. Son fils Peter est d’une autre pâte. Il est sensible, il aime les livres et supporte difficilement la violence de son père et du monde qui l’environne. Il s’enfuira au Mexique pour rejoindre son amante Mexicaine dernière survivante d’une famille décimée par les anglos. Et puis il y a Jeannie arrière petite fille du Colonel, née en 1926, qui veuve très jeune va reprendre le ranch familial et gérer la fortune amassée par la famille grâce au gaz et au pétrole produit sur le domaine. Femme d’affaire, pragmatique et rude, elle partage certaine des qualités de son arrière grand père pour lequel elle garde un souvenir admiratif.

Le récit est violent du début à la fin. Il commence avec le massacre des proches d’Eli par les indiens, puis celui de la famille Garcia que les anglos déciment, femmes et enfants compris. Puis ce sont les expéditions sanglantes des Texas Rangers et des bandes de confédérés incontrôlés. Même la mort de Jeannie est violente puisqu’elle fait une chute mortelle en croyant devoir se défendre contre l’un de ses vaqueros qui est en fait son petit neveu. Mais c’est une violence sobre et c’est là l’une des forces du roman. Pas de descriptions complaisantes de corps sanguinolents ou de cervelles qui suintent des crânes éclatés. On tue certes et cela est dit dans des termes précis mais cela fait partie de l’ordre des choses, on tue sans se poser de questions. La violence est ainsi naturelle, elle fait partie de la vie, elle est souvent la seule solution.

Chacun des chapitres qui se succèdent tout au long du livre donne la parole à l’un des Mc Culloughs sans suivre l’ordre de la chronologie ou des générations. Rien ne les relie. Il faut ainsi se référer sans cesse à l’arbre généalogique au début du roman pour comprendre à qui l’on a affaire. Mais on finit très vite par savoir qui est qui. C’est ainsi que l’on passe indifféremment du XIX° au XX° sans ordre logique. Cette méthode permet à l’auteur de faire ressortir de manière plus marquée les caractères des personnages et ce qui les unit ou les sépare à travers les générations.

En effet, chez les Mc Cullougs, il y a deux types de caractère: ceux qui acceptent les règles du jeu et qui grâce à elles survivent et règnent sur leur empire et ceux qui les refusent. Parmi les premiers il y a notamment Eli Mc Cullough, le Colonel, dont on se demande parfois s’il éprouve la moindre sensibilité: il assiste au meurtre de sa mère, de sa soeur et de son frère par les indiens sans exprimer semble-t-il véritablement de tristesse. Il finira même par aimer les assassins et adopter leurs moeurs. Mais il reste tout de même en lui un peu d’humanité. Lorsque les comanches capturent le jeune blanc chasseur de bison et qu’ils le torturent pendant plusieurs jours (cela aussi fait partie de l’ordre naturel des choses), il lui donnera en cachette, au péril de sa vie, le poison qui le tuera afin qu’il ne souffre plus. De même, revenu chez les blancs des années plus tard, il égare volontairement les Texas Rangers afin qu’ils ne rattrapent pas un parti de commanches parmi lesquels se trouvent ses anciens amis. Nous voilà rassuré ! Eli est tout de même un humain qui n’agit pas par delà le bien et le mal et conserve en lui une ombre de conscience. Jeannie a aussi probablement les mêmes qualités que son arrière grand père. Mais les temps ont changé. Son gout du pouvoir et de la domination, elle l’exprime dans le monde des affaires où évoluent si peu de femmes, face à des hommes vis à vis desquels elle doit sans cesse s’imposer. Eli et dans une moindre mesure Jeannie, sont des personnages Nietzschéens qui sentent que le monde leur appartient et qu’aucune règle ne doit limiter leur soif de vivre et de conquérir. Ceux qui ne sont pas comme eux ne subsisteront pas. C’est le ças de Martin le frère d’Eli, garçon sensible et cultivé, amateur de littérature et de poésie qui ne survivra pas après qu’il ait été capturé par les indiens. Dans l’une des scènes les plus poignantes du roman, il s’écrie avant d’être transpercé par les lances des comanches sous les yeux de son frère impuissant : « C’est le destin d’un homme comme moi d’être incompris. C’est de Goethe pour le cas où vous vous poseriez la question » De même Peter le fils du Colonel n’a jamais pu supporter les moeurs de son père. Il assiste passif au meurtre de la famille mexicaine Garcia. Lorsqu’il rentre dans la maison familiale après ces scènes terribles il écrit : « Je suis monté dans mon bureau et me suis étendu dans le noir parmi mes livres, la seule chose qui puisse me consoler et que j’aime. Exilé dans ma propre maison, au milieu de ma propre famille, peut être dans mon propre pays. » Il finira par s’enfuir au Mexique pour retrouver Maria Garcia, seule survivante de sa famille décimée. On n’entendra plus jamais parler de lui.

L’histoire racontée dans « The Son »est plus qu’un western. Comme dans un western elle évoque la nostalgie d’un monde qui va disparaître. Disparaissent ainsi les indiens décimés par la variole, les bisons que les chasseurs blancs ont trop chassés, les chevauchées dans les grands espaces remplacées par les voyages en hélicoptère, l’élevage de gigantesques troupeaux de bovins qui n’est plus rentable, remplacé par l’exploitation du pétrole avec l’érection de derricks qui défigurent une nature sauvage et grandiose. Mais le livre raconte aussi l’histoire d’hommes et de femmes membres d’une famille où les mêmes caractères, les mêmes tempéraments se transmettent de par les générations. Ceux ci ont été à l’origine de la naissance d’une grande nation pleine de contraste où l’on retrouve à la fois le meilleur et le pire. L’attrait pour le mythe du surhomme y côtoie une vision plus poétique du monde. L’auteur omet, volontairement ou non, la dimension religieuse qui est aussi fondamentale dans l’Amérique des débuts et qui le reste aujourd’hui. Et c’est peut être là que l’image qu’il donne de ce pays et de son histoire est contestable même si souvent les sentiments religieux des premiers américains à l’origine d’une approche messianique de la place de cette jeune nation dans le monde a pu engendrer les excès que Meyer dépeint dans son excellent roman.

Renvoi: Texas par James A. Michener.

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