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L'Anarque

L'Anarque

Blog de lectures


Juillet 2015-Pas pleurer-Lydie Salvayre

Publié par François ROUX

Ce roman a obtenu le Prix Goncourt 2015. Une mère, Montse, raconte à sa fille, la narratrice, la vie qui fut la sienne en Espagne entre 1936 et 1939. A travers l’histoire de cette femme c’est notamment le sujet de la guerre civile espagnole qui est abordé par la relation de ces années terribles dans un village coupé du monde. En parallèle avec le récit de sa mère, l’auteur parle de Bernanos et raconte comment lorsqu’il habitait Palma de Majorque après avoir été enthousiaste pour la cause franquiste (son fils s’est enrôlé dans la phalange) il est horrifié par les crimes des nationaux commis avec la complicité et l’appui de l’Eglise espagnole. C’est dans ce contexte que le grand auteur français écrit Les Grands Cimetières sous la lune, oeuvre dans laquelle il dénonce ces atrocités.

Deux des personnages centraux du roman, Jose et Diego s’opposent violemment. Affrontement de caractères différents, de deux hommes dont les visions du monde (puisque c’est bien de cela dont il s’agit) sont si divergentes. La lutte qu’ils se livrent rappelle également celle qui opposa pendant la guerre d‘Espagne les libertaires aux communistes staliniens qui utilisaient avec cynisme les mêmes méthodes que le camp d’en face pour prendre l’ascendant dans le parti de l’opposition aux nationaux. L’auteur et surtout sa mère, Montse, ne cachent pas le choix de leur camp. Cette dernière a cru à la révolution libertaire pendant les quelques mois qu’elle passe à Barcelone en 1936 dans une atmosphère d’euphorie qui ne durera pas, au milieu d’une jeunesse anarchiste enthousiaste qui pense lutter pour un monde nouveau où tout est possible, si loin de la vie terne et sans perspective qu’elle menait dans son village coupé du monde. Pendant cette période elle rencontrera un français avec lequel elle aura une brève aventure (ils ne passent qu’une nuit ensemble) mais qui lui laissera un souvenir, un enfant, la demie soeur de la narratrice. Le français inconnu sera surnommé André Malraux dans la famille de l’auteur. Après ces quelques mois d’euphorie et de bonheur, Montse retournera sans son village pour reprendre une vie sans intérêt et vivre des événements dramatiques. Elle émigrera finalement en France ou rien n’est dit sur l’existence qu’elle y mena.

Monte a brûlé sa vie pendant la courte période qu’elle a passé à Barcelone dans un monde qui n’existait pas réellement, une parenthèse d’utopie qui a dévoré son capital de jeunesse et d’espoir. Il semble que tout ce qui arrivera après ne compte pas. Bernanos aussi avait une vision utopique de la guerre d’Espagne. Il pensait mener un combat juste et loyal. La réalité le fit déchanter. Comme Montse, il a quitté l’Espagne pour la France où grâce à son art il pourra écrire les Grands Cimetières sous la lune. Montse elle, racontera son histoire à sa fille. Ils n’ont probablement pas les même idées politiques. Le grand Bernanos est certainement plus proche des idées des nationaux que de celles des républicains. Mais il n’a jamais accepté de se compromettre avec les calculs politiques ni l’inhumanité qu’ils engendrent.

L’auteur fait parler sa mère qui émaille son récit de mots espagnols, parfois francisés, ce qui accentue l’authenticité de l’histoire plein de tristesse et lui confère un accent nostalgique d’une Espagne qui ne sera pour elle plus jamais comme avant. Nostalgie aussi d’une chance ratée, d’une occasion manquée de changer le monde qui ne reviendra pas et aussi accessoirement de changer sa vie. Bernanos aussi était nostalgique d’un monde chrétien qui s’il avait existé est aujourd’hui bien mort.

Renvoi: Georges Bernanos: Les Grands Cimetières sous la lune

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