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L'Anarque

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Blog de lectures


Avril 20015.The Power and the Glory. Graham Greene

Publié par François ROUX

Ma première lecture de ce roman date d’il y a plus de trente ans. Dans le Mexique des années trente, le gouvernement met en oeuvre une campagne de persécution contre l’église catholique. L’état révolutionnaire fait démolir les églises, arrête et fusille les prêtres qui poursuivent leur ministère malgré l’interdiction officielle. L’un d’entre eux refuse de fuir vers un état plus conciliant et bravant l’interdiction continue à dire la messe, confesser, prêcher. Aux termes d’une longue chasse à l’homme menée par un jeune lieutenant idéaliste il finit par se faire prendre et est passé par les armes.

En mettant en scène le personnage du prêtre, Greene reprend le thème de la foi, du péché et de la rédemption qui semble récurrent chez lui (The Heart of the Matter). Ce curé sans nom, personnage principal du roman n’est en effet pas un « bon prêtre ». Il boit (on le surnomme « whisky priest »), il a commis le péché de luxure en faisant un enfant à une paysanne, il a aimé le prestige, un certain luxe que lui offrait sa position de curé dans une paroisse avant les évènements. Il est plein de culpabilité et sa foi n’est pas assez forte pour lui éviter d’avoir peur de se faire arrêter. Il est dépeint sous des traits peu glorieux et son personnage est à première vue antipathique. Etait ce vraiment ce que souhaite l’auteur ? Car malgré cela il fait preuve d’un certain courage en refusant de fuir et en acceptant de se faire trahir pas un métis qui le dénonce pour la prime qui a été mise sur sa tête. Comme le Christ dans les Evangiles auxquels l’auteur fait certainement référence, il accepte d’être livré par un Judas qui se prétend son ami et se laisse ainsi prendre en toute connaissance de cause dans un piège tendu par ce dernier. Malgré touts ses défauts, il fera un martyr très honorable et fera preuve d’un certain courage en allant vers la mort avec dignité malgré sa peur bien humaine après tout. Il y a dans la vie de tout homme un moyen de se racheter et les personnages de Greene souvent pécheurs (comme Scobie dans Heart of the Matter) manifestent une certaine dignité devant la mort, dignité qui est peut être rédemptrice.

Il y a aussi le personnage du lieutenant idéaliste, profondément anti clérical et probablement anti religieux. C’est une espèce de commissaire politique qui croit en sa mission mais qui peut néanmoins manifester des sentiments humains : il essaie d’atténuer l’angoisse du prêtre dans ses dernières heures et n’est pas totalement fermé au débat même s’il n’a aucun doute sur la suprématie de son dogme socialiste. Pour ce qui concerne les dialogues entre le jeune militaire et le prêtre on aurait aimé que l’auteur les fasse plus longs, plus approfondis abordant peut être des questions relatives à la transcendance à dimension religieuse de la vie, à la recherche de spiritualité qui est en chaque homme. La critique de la religion par le lieutenant est primaire et se fonde sur les mensonges émis par le discours religieux et à l’aliénation que la religion provoque chez l’homme. Peut être que la pudeur de Greene qui aurait alors du se dévoiler l’a empêché d’aller plus loin ? Ou a -t- il voulu tout simplement démontrer le côté primaire du discours anti religieux ou anti chrétien, constatation qui sont d’actualité dans la France socialiste du XXI° siècle.

Le décor du roman enfin est comme toujours chez Green, grand voyageur, très réaliste. Paysages mexicains de montagnes et de forêts. Chaleurs et tempêtes. De la même manière qu’il a décrit l’Afrique, sa nature et sa population hostiles, Greene nous montre un pays au climat difficile, à la nature rude. Les villes sont sales et mal entretenues. La corruption règne dans l’administration. On a l’impression que l’auteur n’aime pas le tiers monde qu’il dépeint comme une sorte d’enfer ou le blanc occidental n’est pas heureux (le dentiste Tench ne pense qu’à regagner son Angleterre natale). Ce ton ne fait pas preuve de mépris ou de racisme. Il relève plutôt un constat sur l’incompatibilité de mondes que tout oppose. Faut il y voir un sentiment de culpabilité typiquement occidental du XX° siècle au cours duquel se déroule cette histoire ?

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