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L'Anarque

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Blog de lectures


Février 2015. Le Voleur de Georges Darien.

Publié par François ROUX

Celui qui m’a offert ce livre a bon goût. Le style et la langue tout d’abord est du niveau de ces grands auteurs de la fin du XIX° dont le français est si plaisant à lire (Léon Bloy, Huysmans, Maupassant). Un style certes moins réaliste, moins direct que celui d’aujourd’hui mais où tout est dit et qui est peut être tellement plus puissant.

Georges Randal, orphelin, ruiné par son tuteur, son oncle, chargé de gérer la fortune de ses parents jusqu’à la majorité du jeune garçon, décide de devenir voleur professionnel. Ce choix n’est pas vraiment un hasard car le personnage fait tout au long du roman profession de foi d’anarchisme pour justifier ses activités hors la loi. Bien entendu, sinon il ne serait pas aussi sympathique, il ne vole que les riches et n’utilise jamais la violence. C’est là peut être et on y reviendra que réside le caractère utopique du roman comme sont utopiques les idées du héros sur la société et ce qu’elle devrait être. A cet égard, les longues diatribes politico philosophiques de l’auteur ou des personnages qu’il met en scène, sur le monde et tout ce qui le corrompt sont parfois un peu longues (ennuyeuses?) et pourraient rompre le rythme du récit qui est original et les péripéties de l’histoires ce qui n’est pas le cas tant elles s’avèrent prenantes voir palpitantes et parfois si comiques . En effet, Darien introduit le lecteur dans ce monde des voleurs qui n’est pas vraiment celui du crime. Apparaissent ainsi des personnages hors normes, hétéroclites, qui vivent en marge de la société et que l’auteur sait rendre intéressants et sympathiques : notaires véreux, juifs affairistes, et le meilleur de tous, le plus énigmatique (il semble fasciner Randal) un abbé en soutane, l’abbé Lamargelle qui ne croit pas en Dieu et est l’ami des voleurs s’il n’est pas voleur lui même. Et puis il y a les autres voleurs aux noms évocateurs: Roger La Honte, Canonnier, qui forment avec Randal une franc maçonnerie où l’on se tient les coudes entre professionnels qui se respectent et sont solidaires entre eux. Là aussi, il y a peut être de la part de l’auteur une vision angélique de ces forbans qui ne sont dans la réalité peut être pas aussi altruistes et honnêtes qu’il veut le laisser entendre. Les femmes ne sont pas en reste et Darien est curieusement pour ce qui les concerne d’un réalisme sans concession. Il les décrits aventurières, entremetteuses, cyniques, intéressées, même si certaines on du coeur : Hélène la fille de Canonnier, Ida la faiseuse d’ange et Margot la courtisane un peu nymphomane. Et il y a aussi Charlotte, amour impossible dès l’origine puisqu’elle est la fille du tuteur de Randal et donc sa cousine, promise à un autre, mais à laquelle il fait un enfant, une petite fille qui va trépasser d’une méningite dans ses bras. Les quelques pages qui décrivent la mort de l’enfant sont à cet égard terriblement émouvantes et m’ont fait penser à la mort du petit Béber dans Le Voyage de Céline.

Darien endosse le combat des anarchistes très actifs à la jointure des deux siècles (dixneuvième et vingtième) et a pour arme sa plume alors que certains de ses amis n’hésitaient pas à poser des bombes (Ravachol) et faire des braquages sanglants (la bande à Bonneau). Il va même au delà en professant des théories totalement nihilistes qui frappent par leur pessimisme, n’épargnant ni la société bourgeoise ni les socialistes dont les critiques paraissent par ailleurs assez pertinentes. Mais tout cela produit un roman plaisant, bien ficelé et si bien écrit. N’est il qu’un prétexte, un alibi pour justifier la rédaction d’un texte politique ou l’auteur s’est il laissé aller ?

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