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L'Anarque

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Blog de lectures


Lectures 2015 (2) Soumission. Michel Houellebecq.

Publié par François ROUX

Je viens d’achever ce roman qui fait tant polémique. Il faut dire qu’il est sorti à un bien mauvais moment ! Il n’est pourtant pas véritablement malveillant à l’égard de l’Islam. Mais cette religion est tout de même au centre de l’histoire que raconte Michel Houellebecq et le sujet est aujourd’hui bien délicat à aborder. C’est un bon Houellebecq : noir, cynique, excessif et parfois si drôle. Par surcroît, il est bien écrit.

Aux élections présidentielles de 2017, le candidat d'un parti musulman modéré est élu Président de la République. Tous les non-musulmans dont le narrateur, craignent le changement radical qui s'annonce. Il y a bien quelques troubles au début, mais très vite les choses rentrent dans l’ordre. L’installation du nouveau régime a des conséquences positives : il y a moins de chômage car les femmes ne travaillent pas, la criminalité est en forte baisse, une économie familiale est instaurée et cela marche. Par surcroît, les pays du golfe investissent en France notamment dans la culture. Le nouveau parti au pouvoir a un projet d’extension de l’Europe vers les nations de l’autre rive de la Méditerranée qui semble prometteur.

Le narrateur, professeur de lettre à Paris III, spécialiste de la littérature française du XIXe siècle en particulier de Huysmans sur l’oeuvre duquel il a fait sa thèse, est mis en retraite anticipé car il n'est pas musulman. En effet, l'université s'islamise et ceux qui ne se convertissent pas doivent partir ou rejoindre des universités non confessionnelles de second ordre. Ceci étant, les conditions financières des retraites sont excellentes puisque le narrateur perçoit le montant de la pension qu'il aurait reçu s’il était parti à l'âge légal. Il est finalement convaincu de se convertir par le nouveau doyen de l'université, Rediger, français et ancien catholique qui a lui même adopté la religion musulmane. Il retrouve ainsi son poste d'enseignant.

Ce qui est intéressant dans le roman c’est l’analyse de l’état de la civilisation occidentale dont fait partie la France. C’est Rediger, le nouveau doyen de la Sorbonne , l’un des personnages les plus intéressants du livre qui l’expose. Une grande civilisation doit avoir comme fondement une grande religion ou une grande spiritualité. Le christianisme moderne ne remplit plus ce rôle. Il est devenu trop rationnel, trop humaniste et a renoncé à son pouvoir temporel. Tout ce que n’était pas la chrétienté médiévale qui dura elle, plusieurs siècles. La république et sa laïcité a été aussi une sorte de religion, mais elle est dépassée. Ce déclin spirituel de la France ne pouvait que faciliter l’arrivée au pouvoir d’un parti islamique. Rediger qui persuadera le narrateur de se convertir à l’Islam, a dans sa jeunesse fait partie des mouvements identitaires. Cela ne gêne pas ses nouveaux maîtres. Il retrouve certaines de ses idées de jeunesse dans l’Islam même si l’on peut penser que sa conversion comporte une part d’opportunisme. Son éloge de la polygamie (on peut comprendre qu’un homme de pouvoir y trouve son compte) n’est également pas vraiment convaincante.

Mis à part le conte fantastique ou futuriste, il y a la mise en scène du personnage Houellebecquien (le narrateur), solitaire,cynique, parfois dépressif, obsédé sexuel et surtout cultivé. Huysmans est en effet omni présent tout au long du roman qui évoque souvent la littérature française du XIXe, Léon Bloy (quelques lignes intéressantes sur la comparaison entre Huysmans et Léon Bloy), Barbey, Zola. Péguy est aussi cité par l’un des personnages de l’histoire qui récite des vers de cet auteur et qu'il pense être l’écrivain qui ressent plus que tout autre l’âme du Moyen Age chrétien. L’évocation répétée de cette époque et de sa spiritualité traduit elle chez l’auteur une nostalgie de ces temps qui sont inconnus ou oubliés de la grande majorité des français d’aujourd’hui et qui sont si loin de notre monde ?. Nostalgie d’homme très cultivé comme l’est aussi Rediger, musulman converti d’origine française, lecteur de Nietzsche, fraîchement converti. On est loin là des islamistes qui évoluent dans les banlieues ou dans des pays ou se concentre toute la misère du monde.

C’est d’une oeuvre littéraire qu’il s’agit. Elle développe avec art et de façon provocatrice tous ces paradoxes comme c'est souvent le cas dans l’oeuvre de Houellebecq, esprit intelligent et cultivé. Rien dans l’ouvrage n’est insultant pour l’Islam ni ne prédit la mise à feu et à sang de la France par des hordes barbares d’arabes assoiffés de sang. Ce n’est qu’une histoire inventée par un romancier de talent.

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